Entretien avec la présidente de lOrdre des sages-femmes

26/02/2018

/images/amc2.png

« Notre profession souffre dun manque de visibilité », Anne-Marie Curat, présidente du Conseil national de lOrdre des sages-femmes.


Entretien 


L’année prochaine, la loi Hôpital Patients Santé et Territoire (HPST) aura 10 ans. Elle a consacré, entre autres, une extension du champ d’intervention des sages-femmes dont le métier reste encore souvent méconnu. Cette prise en compte de ce nouveau périmètre d’activités fait actuellement l’objet de négociations conventionnelles entre syndicats et assurance-maladie. Explication de texte avec la présidente du Conseil national de l’Ordre des sages-femmes.


La Médicale : Combien de sages-femmes exercent en France aujourd’hui, et sous quels modes ?

Anne-Marie Curat : Actuellement, il y a 23 000 sages-femmes en exercice. Quelque 51% travaillent comme salariées dans un hôpital public, environ 15% sont salariées dans des établissements privés, et 30% exercent en tant que sages-femmes libérales, une catégorie en plein essor depuis 4-5 ans, et enfin, un petit 5% officie dans les services de PMI (Protection maternelle et infantile). Je rappelle que nos études durent cinq ans.


Quel est le domaine d’activité et d’expertise des sages-femmes ?

Anne-Marie Curat : Nous sommes une profession médicale avec les mêmes prérogatives que les médecins et les dentistes qui ont un pouvoir de prescription et de diagnostic. Auparavant, nous intervenions dans le seul domaine de la grossesse, de l’accouchement et du post-partum. Mais depuis la loi HPST, le paysage de notre profession a considérablement évolué puisque le texte a étendu notre prise en charge à tous les âges de la femme, de l’adolescence à l’après-ménopause. Nous sommes compétentes pour le suivi gynécologique de prévention, la prescription de la contraception sous toutes ses formes, et nous pouvons aussi prescrire tous les examens de dépistage, notamment le cancer.


Avec aussi des compétences en matière de vaccination ?

Anne-Marie Curat : Oui, pour tout ce qui concerne le calendrier vaccinal chez la femme et chez le nouveau-né. (Le terme nouveau-né couvre l’enfant jusqu’à 28 jours). Et depuis la loi de santé de 2016, nous avons de nouvelles compétences en matière de vaccination puisque nous pouvons aussi vacciner l’entourage des femmes : le conjoint, les grands-parents et la fratrie. Et prescrire des substituts nicotiniques à l’entourage également. C’est un domaine important parce que cela nous amène à pouvoir donner des soins aux hommes.


À propos d’hommes, existe-t-il des hommes sages-femmes ?

Anne-Marie Curat : Tout à fait. La profession leur est ouverte depuis 1982, mais il faut reconnaître qu’ils ne représentent pas un pourcentage extrêmement élevé. Nous en sommes aujourd’hui à 2,7% d’hommes.


Pourquoi le numerus clausus des sages-femmes a-t-il diminué cette année ?

Anne-Marie Curat : Il y a eu un mouvement pour dire que le numerus clausus était trop élevé et qu’il y avait trop de sages-femmes en France. Mais les statistiques et les enquêtes sur lesquelles s’appuyait ce mouvement ne considéraient l’activité des sages-femmes qu’au niveau de la seule grossesse. C’est un raisonnement qui n’a pas du tout pris en compte l’évolution de nos compétences. Je reconnais que comme la loi Bachelot est passée en 2009, il a fallu quelques années pour que l’activité gynécologique des sages-femmes se développe. En revanche, ce qui est apparu dans toutes les enquêtes que nous avons menées depuis deux ans au niveau régional avec les ARS (Agences régionales de santé), c’est qu’il y a, comme pour beaucoup de professions de santé, une mauvaise répartition géographique des sages-femmes.


Qu’attendez-vous des négociations avec l’assurance-maladie ?

Anne-Marie Curat : Nos syndicats ont signé avec la Cnamts, il y a quelques années, un zonage pour l’installation selon des critères aujourd’hui obsolètes. L’accord, conclu en 2007, n’a pris en compte que le nombre de naissances. Mais les domaines d’activités des sages-femmes, comme je l’ai expliqué, ont largement évolué depuis. A l’arrivée, dans certaines régions, vous avez un zonage qui empêche l’installation de sages-femmes supplémentaires, alors qu’il y a des demandes et que l’offre de soins n’est pas couverte, comme pour la gynécologie. 22% des femmes en France aujourd’hui n’ont aucun suivi gynéco.


Propos recueillis par François Petty


Crédit photo : ©Alain Guiomard

 

<< Retour à tous les articles

Installation en libéral

à PROPOS DE LA MÉDICALE

 

Parce que les professionnels de la santé ont aussi besoin que l’on prenne soin d’eux.

 

Partagez

Facebook Twitter LinkedIn Google + Viadeo email

 

© La Médicale de France 2018 - Tous droits réservés - Les assurances Médicale de France proposent des prestations spécifiques pour les métiers de la santé : découvrez les offres responsabilité civile pour professionnel de santé,la protection juridique du médecin, l'assurance emprunteur du professionnel de santé et les offres multirisques habitation pour protéger le lieu de travail.